FAQ

Juil
30

Artisanat

En raison de leur mode de vie, essentiellement articulé autour de l’exploitation des ressources du terroir ainsi qu’à la relative faiblesse de l’impact des produits importés, les populations du Pays Bassari ont gardé un important patrimoine artisanal. Ce patrimoine qu’ils ont généralement su préserver malgré les assauts de la modernité peut devenir une valeur économique forte dans le cadre de l’aménagement culturel du Pays
Bassari dont le Plan de gestion sera un des maillons forts.


C’est ainsi que les hommes savent généralement encore allumer le feu à la manière traditionnelle. Il s’agit, à l’aide d’un anneau ouvert de fer plat, de frapper sur un morceau de galet de rivière, pour faire jaillir une étincelle avec laquelle on enflamme des fibres dokhonya, conservées dans une noix de rônier, ou une corne d’antilope, parfois après les avoir trempées dans de l’eau filtrée sur des cendres amères. Ce briquet était
autrefois conservé par chaque homme dans une petite sacoche, de cuir ou un petit sac de tissu de coton. Quelques vieillards se souviennent avoir employé une autre méthode qui consiste à tourner très vite une baguette de bois écorcé, plantée verticalement dans une cupule creusée dans un morceau de bois atyinityini, horizontal, de manière à enflammer des parcelles de fibres disposées dans la cupule.
Cette maîtrise du feu trouve son expression la plus achevée dans une pratique artisanale aujourd’hui disparue depuis la fin du siècle dernier, il s’agit de la technique de l’extraction du fer. Les Bassari d’Ethiolo se souviennent du temps où l’on extrayait le fer de la latérite, « la pierre des Bassari ». 0n trouve, en de nombreux endroits, les vestiges de cette industrie ancienne qui assurait l’approvisionnement en fer avant que ce produit ne soit maintenant accessible à partir de la récupération.
Aujourd’hui seule la métallurgie de transformation est pratiquée par les forgerons. Dans cette société qui n’a pas développé le système des castes, le forgeron, travaille à côté de son carré à l’ombre d’un grand arbre ou plus généralement d’un toit de paille soutenu par quelques poteaux, assisté d’un aide actionnant le soufflet qui comporte deux peaux de chèvres dont les cous sont reliés par une entretoise de bois à deux tuyères de fer conduisant l’air soufflé dans un embout de tuyère en terre cuite, selon un modèle très général en Afrique
occidentale. Ses outils sont peu nombreux : une enclume en forme de clou, un marteau, des pinces, un ciseau à métal, une pointe, une herminette et une lime en fer. Les forgerons fabriquent essentiellement des instruments agricoles, des outils à travailler le bois, des clous, des armes, des instruments de musique (cloches et grelots).

Les forgerons sont aussi bijoutiers et fabriquent des anneaux, bracelets et plaques. Les anneaux se placentaux mains, aux pieds, ou sont attachés à la ceinture, les plaques de cuivre s’attachent à même la ceinture ou contre la peau de chèvre dont les femmes se servent ppour porter leur nourrisson. Quelques‐uns de ces bracelets et de ces plaques sont d’un travail délicat.

Les forgerons fabriquent les manches aussi bien que les lames des outils, il n’y a pas d’artisans spécialisés dans le travail du bois ; les forgerons feront à l’occasion des portes de maison en bois ou divers types de tabourets, taillés dans un tronc de fromager ou un bois plus dur, en forme de sablier (comportant parfois comme les sièges peul une ou deux anses taillées dans la masse), ou bien larges et bas comportant un pied large (et parfois une poignée sur le côté comme certains sièges diakhanké). De légers sièges en palmier raphia que savent faire de nombreux hommes et garçons sont également fréquents.
Les activités du forgeron‐bijoutier‐menuisier sont saisonnières ; en hivernage, il fait des houes, en saison sèche il fabrique des bracelets ou taille des portes. Agriculteur, le forgeron a peu de temps à consacrer à son champ en hivernage, car c’est l’époque où tous ont des outils agricoles à faire réparer. Aussi, par le passé, le payait‐on souvent, non pas en argent, mais en journées de travail dans son champ, ou en nature : grains,
poulets, etc. Le chasseur donne une part du gibier à celui qui a forgé ses balles. Maintenant, les moyens de paiement se font surtout en monnaie (argent).

par les hommes assis par terre, le mortier entre les jambes. Aujourd’hui, chez les seuls Bédik, des hommes pilent des pierres pour en extraire l’or.
Tous les maris fabriquent, en général, pour leurs femmes les deux types de bâtons‐mouvettes pour remuerla bouillie épaisse, l’autre pour réduire les grumeaux de la sauce. Pour remuer la bière en ébullition, on utilise de très grandes mouvettes taillées dans une feuille de rônier.
Dans le domaine de la tannerie, les Bassari ont la réputation d’être habiles à préparer les peaux, épilées ou
non, parfois blanchies, mises à plat ou non, pour en faire par exemple des contenants à grains. Les hommes en préparent pour eux‐mêmes et aussi quelquefois pour en vendre. Grattée, séchée, la peau est tannée avec des cendres amères de bambou, ou de coques de pois de terre ou d’un mélange de bois et de fruits de fromager et de lianes. Si l’on veut garder la peau avec les poils, on frottera seulement le côté cuir avec ces cendres. Si l’on veut au contraire épiler la peau, on la trempe dans de l’eau additionnée de ces cendres : au bout de quelques jours les poils se détachent de la peau. Puis, avant d’être tout à fait sèche, la peau est soigneusement assouplie en la frottant entre les mains et en l’étirant dans tous les sens et parfois en la frottant avec du tourteau de noix ou de l’huile de palme.
Les peaux (de chèvre, mouton, antilope ou divers petits mammifères sauvages) servent essentiellement à fabriquer des sacoches, des carquois à flèches, des sacs à provisions de bouche pour la journée, des sacoches pour récolter le miel, des porte‐bébé, des ceintures triangulaires de peau qui, des fourreaux, des ornements de danse et des chasse‐mouches.

La vannerie est une autre spécialité des Bassari. Leurs nattes et leurs paniers en bambou sont d’une exécution remarquable. Les meilleurs ouvriers sont ceux qui tressent les grands paniers, dits Bassari. Les vanniers sont toujours des hommes, sans qu’il semble interdit aux femmes de faire de la vannerie.

La durée de chaque vannerie est variable : les nattes de rônier doivent être remplacées presque chaque année, alors que celles de bambou peuvent durer beaucoup plus. Les légers paniers de rônier peuvent durer quatre ou cinq ans, mais ceux en bambou dix ans, les plus grands, épais et peu mobiles étant les plus durables... si les termites ne les détruisent pas.
La calebasse est également un objet très utilisé. Sa préparation demande beaucoup d’habileté. Les grandes calebasses sont coupées en deux parties lorsqu’elles sont encore fraîches. Les calebasses plus petites sont vidées et utilisées telles quelles, comme récipients pour les liquides. Le fruit frais est alors percé d’un trou et mis dans l’eau pendant environ une semaine pour faire pourrir chair et graines. Cela enlève en même temps l’aigreur, on n’a donc pas besoin de les faire bouillir.
Autrefois, c’est avec des calebasses et des gourdes qu’on allait chercher l’eau au puits. Aujourd’hui les chasseurs et les voyageurs emportent de l’eau dans une gourde portée à l’épaule gauche et les récolteurs de vin de palme en utilisent pour transporter le vin dans des portoirs contenant trois gourdes depuis la palmeraie jusqu’au marché ou chez le client, à qui il est généralement livré par le récolteur.
Bien qu’omniprésente, la poterie n’est pratiquée que par un petit nombre de femmes; ces femmes, souvent âgées, appartiennent à n’importe quelle lignée et peuvent épouser n’importe quel homme. Il n’y a donc aucune forme de discrimination pouvant rappeler le système des castes. Elles héritent fréquemment leur technique de leurs mères, sans qu’il n’y ait là rien d’obligatoire. Certaines ont appris le métier en regardant
faire une femme qui ne leur est pas apparentée, tandis que de nombreuses filles de potières n’adoptent pas le métier de leur mère. Le façonnage de la terre n’est qu’une activité accessoire pratiquée en saison sèche, de janvier (après avoir rentré les récoltes) à mai (début des pluies).
La terre de termitière crue est également utilisée dans le modelage de lits, paravents, pots à conserver les graines, sièges bas, supports à poterie ou calebasses et greniers‐pots à couvercle. Ces aménagements intérieurs sont généralement fabriqués avant la pose du toit d’une maison neuve. Avec le même matériau cru et séché, les femmes Bassari façonnent aussi des poupées jouets (photo 77 ci‐dessus) ; enfin les seins en terre de termitière, modelés par les jeunes filles lorsqu’elles construisent le mur d’un ambofor (case commune des adolescents) ou de la maison d’un jeune homme, relèvent de la même technique.
Les arts de la parure et de la vêture occupent une place essentielle chez les populations du pays Bassari en raison de la fréquence et de l’importance des rituels durant tous les cycles de la vie. La coiffure en fines tresses qui dessinent des croissants ou une crête sagittale requiert des heures de patience. Chaque classe d’âge est marquée par une manière de s’habiller et par des ornements particuliers. Les bijoux, aujourd’hui en aluminium, autrefois en cuivre ou en laiton, sont plutôt féminins et gardés dans un panier dont on hérite de mère en fille. Cependant, suivant les rituels, suivant le type de danse et surtout quand il est jeune,l’homme aura recours à sa mère ou à sa soeur pour se parer.
L’habillement est aussi une protection : dans les contes on voit comment une très jeune fille va attraper son pagne et l’attacher très solidement sur ses reins avant d’affronter le génie. Plus couramment on peut retenir que les sandales en semelle d’écorce de rônier étaient très utilisées pendant la saison des pluies.

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