D’après R. Gessain (1963: 17), Francisco de Lemos Coelho mentionnait déjà les Bassari dans leur habitat actuel, dans sa description de la Côte de Guinée en 1684. Ils sont décrits comme ayant été en guerre permanente avec leurs voisins et les envahisseurs successifs. Pour le Dr. A. Rançon (19ème siècle), le pays Bassari était un territoire très peuplé, qui s’est vidé de sa population au fil du temps. Il a estimé que cette population pouvait être évaluée autrefois à 6 à 8000 individus mais qu’elle se chiffrait à pas plus de 2000 individus en 1891‐92. “Cela tient à ce que, continuellement en guerre avec leurs voisins du Fouta Djalon, ils ont vu détruire la plus grande partie de leurs villages, et la population emmenée en captivité” (Rançon 1894).


Les premières observations faites par les agents de l’administration coloniale reflètent d’intéressantes variations entre observateurs. Pour A. Belan (1946), l’impression générale est condescendante et négative. Il s’est surtout intéressé à leur mode vestimentaire : “Les hommes “sont nus”. Ils portent un étui pénien de 3 ou 4 cm en fibre de rônier tressée. L’un très simple sert pour les jours ordinaires, l’autre agrémenté de pompons rouges sert pour les jours de fête ou de venue au cercle. Quant aux femmes, “elles ont pour tout “vêtement” des bracelets de cuivre représentant leur dot; les unes en ont les avant‐bras couverts, d’autres les deux bras... Une ceinture en cuivre, lourde, sorte de corset; un collier de coquillage entre les jambes complète leur “costume”, c’est tout” (Belan 1946: 13).


L’habitation Bassari est décrite selon les termes suivants:


“c’est une case ronde en pierre faite sans aucune industrie; le mur à 1,80 m de haut, le toit est conique, et en paille. Le mur a une brèche, il n y a pas de porte”. Belan (1946: 13‐4)
Il se prononce finalement sur les moeurs des Bassari :
“Celui‐ci [Le Bassari] couche sur la terre, sans natte, il ne se fait même pas un lit de feuilles”. Ch. Béart (1947 a et b) qui publie deux notes une année plus tard une expérience totalement différente. Il présente différentes facettes des pratiques culturelles Bassari qui, à son avis, semblent avoir autrefois occupé la totalité du cercle de Haute Gambie. Il présente les premiers éléments de la structure en classe d’âge de la société Bassari :
“Les enfants dès l’âge de six ans sont retirés à leur mère et vivent, garçons et filles, mêlés dans des ambovar où ils s’organisent eux‐mêmes” (Béart 1947a: 26). Il fait ensuite allusion à la religion Bassari, en rapportant que : “le grand maître de la religion Bassari d’Ethiolo est une prêtresse qui habite une caverne sur la plus haute montagne des environs” (Béart 1947b: 2).
Il décrit ensuite ses entretiens avec les Bassari qui lui “parlent de leur vie”, de ses visites dans leurs cases de
pierres rondes où il observe des réserves de céréales et “au fond, le lit de feuilles séchées recouvertes d’une peau, quelquefois une sorte de tara ‐ lit en bambou‐” (Béart 1947b: 6).

Béart fini par souhaiter que les Bassari puissent garder leur originalité, caractérisée par :
“leur compréhension de la nature, dans leur respect de la femme, dans leur courage à la chasse, et au travail des champs, dans leur amitié pour tout et tous, dans leur bonne humeur” (Béart 1947b: 7).


La caractéristique principale de l’habitat Bassari actuel est sa dispersion. Les villages Bassari peuvent être très instables. Les mésententes ainsi que la recherche de nouvelles terres agricoles peuvent aboutir à des scissions et à la création de nouveaux villages. Cette dispersion est considérée par certains comme récente et se serait en quelque sorte généralisée pendant la première moitié du 20ème siècle.

La chronique Peul datée du 19ème siècle et recueillie par B. de Lestrange (1969: 29) montre cependant que les choses ne sont pas aussi simples : “Au nord, au sud, et au centre, nous brûlâmes 17 villages parmi les petits villages des Tenda4 (un village Tenda ne compte que quelque cases) et nous pourchassâmes les habitants jusqu’au bord de la Dimma (Gambie)”.
Les petits villages Tenda faisaient déjà partie du paysage à cette époque. Le phénomène se serait probablement généralisé après la conquête coloniale. L’histoire des Bassari telle qu’elle est connue aujourd’hui est celle d’un peuple en lutte constante pour la survie des individus et du groupe. P. Charet (1969) indique que les Bassari auraient subi les conséquences d’une première migration Peul vers le Fouta Djalon au 11ème siècle.

Quand les premiers Mandingues arrivèrent dans la région deux siècles plus tard, il y avait des groupes Bassari dans le Bélédougou (centre de l'actuel Mali). Les Malinkés refoulent alors progressivement les Bassari dans les contreforts nord du Fouta Djalon, où ils gagnent leur habitat actuel.

L’invasion de Koli Tenguéla du 16ème siècle affecte durement les populations Bassari. Ceux‐ci n’eurent en fait que des épisodes de paix provisoires. Ils furent constamment les cibles des incursions qui s’étaient poursuivies jusqu’au début du 20ème siècle (Charet 1969, R. Gessain 1963, Girard 1984, B. de Lestrange 1969, Maupoil 1954, Mungo Park 2000).

Les Bassari s’étaient créés des refuges en grotte dans les collines latéritiques ou certains ont été traqués par les détachements Peul. Maupoil (1954: 379) donne une description poignante de la tragédie des Bassari à la fin du 19ème siècle: “..pourchassés comme des bêtes fauves, c’est l’expression et la mimique que j’ai recueillies de la bouche même des vieux existant encore. Ils ont été dispersés ou pris, réduits en captivité, vendus de tous les côtés
soit par Mousso Molo, Tierno Ibrahima, ou Alfa Yaya qui se sont partagés la curée de ce peuple, ce qui fait que l’on trouve les Bassari dans tous les pays commandés par ces chefs”.
Le paysage culturel Bassari que l’on peut parcourir aujourd’hui est le produit d’une résistance constante et héroïque, une célébration de la force de la créativité culturelle. Les rites, hauts en couleurs, magnifient la vie. L’habitat dispersé, et la création d’un ambofor (case commune des adolescents) pour tous les enfants non mariés sont probablement des formes dérivées de cette résistance séculaire.

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