La préparation des aliments est une tâche essentiellement féminine. Les repas consistent en un plat de céréales accompagné ou non d’une sauce. La viande est rare, les Bédik la cuisent généralement dans la sauce. Les sauces sont variées et préparées avec différentes feuilles, elles sont épicées et on y met souvent des cendres (potasse). De nombreux fruits sont cueillis au cours des déplacements et consommés crus.

Quelques tubercules sont consommées : taro, igname, manioc, patate douce, coléus et autrefois géocarpe. L’alimentation traditionnelle repose sur le fonio, le maïs, le riz, l’arachide qui sont à la base de plats comme : le « foyo » (couscous de fonio), le « dapa » (plat à base de maïs et lait caillé), le « domi » (plat de mil ou de maïs mélangé à de la poudre de cosses de néré), … Il y’a un véritable art culinaire chez ces communautés.


Toutes les céréales sont battues, pilées et vannées : d’autres graines sont décortiquées ou pilées. Ces travaux incombent aux femmes et occupent la majeure partie de leur journée. Les travaux accomplis dans les champs comportent en particulier le battage et le foulage. Le menu des Bédik est varié et compte une dizaine de plats traditionnels préparés. Leur repas de fête traditionnel est composé de pâte avec de la sauce de feuilles de baobab ou de gombo. Il existe aussi les repas d’honneur tel que le fonio à la sauce de pâte d’arachide.


La cuisine se fait en plein air pendant la saison sèche : le feu est allumé entre trois pierres sur lesquelles est posée la marmite de fonte ou la poterie dans laquelle cuit le repas ; ces pierres sont chez les Bédik situées au centre des maisons de la famille, dans la “cour”, ou dans les champs pendant les cultures, devant l’abri bâti près de l’aire de battage.

Les Bassari ont une maison spéciale réservée à la fermentation de la bière, où on range le matériel qui sert pour la préparation des aliments, et où est faite la cuisine pendant la saison des pluies. Chez les Bassari rien ne distingue cette maison au mur de pierres des autres, sinon le sol qui n’est pas damé. Chez les Bédik‐banapas, par contre, cette maison ne peut avoir des murs d’argile séchée comme les autres maisons d’habitation, le sol n’est également pas damé. On y enterre les hommes de la famille qui
vivent très vieux et qui ont rempli des fonctions importantes, notamment qui ont accompli les rites sur
l’autel accolé au mur de cette maison, qui est aussi le lieu où fermente la bière.
Chez les Bédik, chaque femme préfère garder dans sa propre chambre paniers, calebasses, pots et mouvettes dont elle se sert pour préparer le repas. Les boissons fermentées, surtout la bière de mil et l’hydromel, sont servies et partagées par un ou deux hommes. Arriver à présenter à chaque groupe, à chaque personne, la calebasse contenant la bière qui lui revient et atteindre le fond de la poterie ou de la gourde de vin de palme, en ayant servi tout le monde, procède d’un grand art.

Manger est un acte codifié : il n’est pas bon de manger en public, on mange généralement dans la maison : si on mange dehors on se regroupe autour de la calebasse, entre hommes ou entre femmes. Le petit garçon dès qu’il peut manger seul rejoint le plat réservé aux hommes. Il est mal vu de faire tourner la calebasse en
se servant.
 Les Bédik doivent respecter des interdits culinaires, concernant le gibier en particulier. Chaque lignage a ses interdits propres comme l’interdiction de tuer des animaux comme le lion, la bitis (vipère à cornes), le singe, l’éland (grande antilope), l’antilope cheval, le buffle, la tortue ou la pintade. Si on ne les mange pas, il s’agit davantage d’une conséquence du premier interdit. Certains végétaux comme les tubercules
d’Amorphophallus sont également interdits. Avec une gamme aussi étendue d’interdits, les Bédik sont les voisins les plus écologiques du Parc National du Niokolo Koba, aujourd’hui sur la Liste du Patrimoine en péril.


 

Les bonnes pratiques Bédik seront promues dans le cadre du Plan de gestion.
La cueillette des ingrédients est pratiquée par tous mais avec des spécialités : les hommes recherchent les tubercules dans le sol. Les femmes rapportent des feuilles, les enfants des fruits. Ces sorties en brousse permettent aussi à tous de ramener du bois sec pour la cuisine ou pour le feu qui éclairera les maisons.


La récolte du vin de palme est pratiquée au sommet de l’arbre : des bambous creux sont enfoncés à la base des feuilles près du coeur. Le récolteur grimpe les vider dans une calebasse une ou deux fois par jour. La sève récoltée a un pouvoir de fermentation très grand et doit être consommée très rapidement. Le vin de palme est interdit auprès de certains lieux sacrificiels où seuls la bière de mil ou l’hydromel sont autorisés. La
cueillette des plantes médicinales est une activité spécifique qui nécessite des connaissances particulières.


Chasse et pêche n’ont pas la même importance dans la société. Le poisson est rare, la pêche au filet quasi inconnue, l’utilisation de plantes qui paralysent les poissons est bienvenue. L’arc est utilisé pour achever certains gros poissons stupéfiés qui tentent de respirer en surface, mais là s’arrête le rapprochement entre les deux activités : la chasse est sérieuse, la pêche est un amusement. L’une est silencieuse, l’autre bruyante ; ce sont surtout les jeunes gens non encore initiés qui s’y livrent, tapant aveuglément dans l’eau pour finir d’assommer un poisson, plongeant les mains dans les cavités où il aurait pu se réfugier, criant et s’amusant.


La chasse ou la récolte du miel sont des activités plus réglementées, toute grande chasse est précédée de trois jours d’abstinence sexuelle de même que la récolte du miel : avoir un rapport avec une femme compromettrait la chasse ou la récolte et symétriquement, si la femme d’un chasseur le trompe en son absence, celui‐ci risque d’être blessé. La consommation du miel est interdite pendant une période en rapport avec le cycle cérémonial Beliyan qui est de six ans : “Quatre années de suite, les deux dernières d’un cycle et les deux premières du cycle suivant, la consommation de miel est interdite, pendant un peu plus de deux mois, à une classe de jeunes gens et aux femmes mariées (…). Si un jeune homme enfreint cet interdit, il meurt. Si une femme le fait, les abeilles n’auront pas de miel et les récoltes seront “légères” (…). L’interdit commence fin août, au moment où l’on voit se former les épis de mil et où les abeilles butinent les fleurs et se prolonge jusqu’à ce que les épis de mil aient fini de se former”2.

Chez les Bédik, l’interdit sur le miel est aussi lié à une période de quatre ans qui est mise en rapport avec le cycle de floraison de Lepidagathis sericea, et avec celui de la grande fête quadriennale des femmes. Il intervient la deuxième année du cycle et
s’accompagne d’un interdit de consommation des pois de terre, qui frappe aussi les hommes, alors que le miel n’est interdit qu’aux femmes.


Le miel et gros gibier appartiennent au génie de la brousse. On raconte que ce génie pourrait se faire aider des gardes des Eaux et Forêts, qui ont le même souci de protection de la nature… On raconte aussi que certains hommes établissent un pacte avec ce génie pour obtenir le droit de tuer les animaux et que ce pacte peut s’hériter de père en fils.


Les grands chasseurs ont droit à des honneurs qui soulignent le péril couru : chez les Bédik, des coups de feu sont tirés et le crieur public vante les qualités du chasseur, pendant que les femmes lui apportent des cadeaux et que l’on joue d’une petite flûte droite réservée aux sorties de masques.

Chez les Beliyan, ce chasseur doit rester chaste jusqu’à une cérémonie de purification qui a lieu à la croisée des chemins la semaine qui suit la mort de l’animal “d’honneur”3. Si le chasseur n’observe pas ces rites il risque de se fracturer les os. Par contre, purifié et reconnu, il peut porter les insignes ou attributs de son nouveau statut : piquants de porc épic munis d’un pompon rouge. Ceci lui confère, ainsi qu’à sa femme, le pouvoir d’arrêter la danse d’une certaine classe d’âge, paralysant une assistance dont le mouvement relatait l’ordre du monde.


Les Peul ont adopté la plupart des habitudes culinaires de leurs voisins Bassari et Bédik. Ils consomment toutes les céréales localement cultivées telles que le Fonio, le riz, le maïs et le couscous de mil, qu’ils mangent avec des sauces variées à base d’arachides, de feuilles, de lait accompagnées de viande. Comme dans toutes les communautés Peul d’Afrique, la vache est particulièrement respectée. Elle est même honorée lors d’une fête des vaches qui se tient chaque année en novembre et qui récompense les meilleurs
éleveurs, c'est‐à‐dire ceux qui s’occupent le mieux de leur troupeau. Lors de cette fête, se cuisine le Toumbé,
une pâte de maïs cuite avec du lait. D’autres plats de fête sont caractéristiques de la communauté Peul, tel que le Ngniri, préparé avec du couscous de mil.

 

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