Le végétal est considéré comme ce qui se développe, ce qui "habite" avec un sujet humain. Il partage avec l’homme et avec tout ce qui vit un principe qu’il est tentant de traduire par âme. C’est un principe qui est responsable du rêve : ce dernier s’explique par le voyage de l’âme qu’on possède en plusieurs exemplaires, généralement trois. Quand une seule âme nous quitte, on rêve, on voit son voyage, mais si deux âmes
quittent le corps de l’homme, il tombe malade et meurt quand il perd la dernière. Ces âmes peuvent être dévorées en sorcellerie, de nuit. Un sorcier repentant peut d’ailleurs remplacer l’âme attaquée par celle d’un chien ou d’un autre animal qu’on tue, ou par celle d’un végétal ; ceci provoque chez la victime humaine chez qui on cherche à restituer son âme, des troubles de la personnalité, mais il reste en vie.


Cet échange d’un règne à l’autre est rare, dans la plupart des cas rencontrés il s’agit davantage d’une continuité : un voyant ou un sorcier mort peut renaître dans un grand arbre poussant au milieu des tombes ou en un animal décrit comme un grand singe à longs poils qu’il est très rare de voir, mais qu’on entend crier. Les Bédik précisent que lorsque cet animal crie, les feuilles des arbres tombent. Un autre exemple de
continuité est celui des deux insectes décrits comme des termites volants, des éphémères, collés l’un à l’autre qui, morts sous terre, font place à l’igname sauvage ; les Beliyan pensent que c’est dans la tête du termite que se développe cette plante. Une autre igname, plus fibreuse, sagittifolia, pousserait dans la tête d’un autre termite. Ceropegia deightonii ou Raphionacme daronii pousse à l’endroit où est mort un crapaud,
preuve en est la sève de ces tubercules qui rappelle les sécrétions du crapaud.
Le végétal n’est donc pas isolé, il est en relation avec l’ensemble des êtres morts ou vivants, naturels ou surnaturels, et il possède une âme. Les grands arbres peuvent être habités par les esprits, les ancêtres. Les tas de pierre, sur lesquels sont aussi déposés bracelets ou objets de laiton, ou d’aluminium aujourd’hui, rassemblés au pied de certains caïlcédrats, témoignent des sacrifices offerts à l’habitant surnaturel de cet arbre. L’univers végétal, réel ou virtuel, participant de ce qui vit, renvoie sans cesse aux animaux ou aux hommes : "fructifier", "accoucher", "mettre bas" est traduit par un seul verbe qui est proche du radical "germer" dans les autres langues, ou aussi "habiter, prendre racine". Cette charge rituelle et symbolique, apparaît, avec le recul comme un puissant instrument de protection de la faune et de la flore, dispositif beaucoup plus efficace que certains règlements dont l’observance est rendue difficile par le déficit en
personnel de surveillance.


A côté de ces deux groupes nous avons une importante communauté de Peul sédentarisés. Contrairement aux Peul nomades, ils sont devenus agriculteurs et ont gardé d’importants troupeaux de bovins et de caprins. Tous islamisés, ils n’en ont pas moins élaboré un paysage culturel et une économie de subsistance en tous points originaux. Ils pratiquent l’agriculture du mil, du maïs, du fonio à côté d’importants apports en protéines animales (lait et viande) apportés par le troupeau. Ils entretiennent maintenant des relations pacifiées avec les Bassari et les Bédik après avoir été leurs pires prédateurs durant la période de la traite.

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