Il existe une très grande diversité de masques, chacun ayant sa signification et son rôle. Chaque masque sort à des occasions très précises (initiation, période de semis, circoncision, changement de classe d’âge),

et anime un esprit spécifique. Le masque se reconnaît pas sa composition, mais aussi pas sa danse, et par les armes qu’il porte. Les Bassari et les Bédik utilisent la présence de ces êtres possédés par l’esprit pour se protéger des sorciers ou des puissances néfastes. Les masques peuvent s’exhiber au village ou dans les cultures pendant la saison des pluies. Ces êtres surnaturels animés par l’esprit initiatique, ne peuvent
ressembler aux hommes : ils sont fébriles, leurs gestes sont saccadés, ils vibrent comme leur voix transformée dans le grave ou dans l’aigu. Ils ne se grattent, ni ne toussent. Ils sont généralement revêtus de feuilles et de fibres, de tissus d’écorce, mais peuvent être invisibles, n’être qu’un son.

Pour les Bédik, les masques sont une famille : on s’adresse à eux en les appelant “ grand‐père ”, ils se composent d’une cagoule et d’un vêtement sans manche de tissu d’écorce, qui marquent l’agressivité, et un rouleau de feuilles au niveau de la poitrine. Leurs membres sont noircis ou rougis, ils portent aux chevilles des bouquets de feuilles qu’ils font bruisser en se dandinant. Des feuilles blanches de bourgeon de rônier
sont enroulées autour de leurs jambes, ils tiennent un sabre à la main droite et des fouets de la main gauche ; ils chantent d’une voix profonde et éraillée. Certains détails de leur coiffure permettent de les rattacher à certaines lignées Keita qui ont pour origine le Mali.

Le masque “lukuta” est “grand‐mère”, elle aurait autrefois apporté aux hommes les grains de mil en dansant avec une tige encore munie de son épi. Les femmes l’appellent “l’interdit ”. Elle est vêtue de feuilles de karité, véritable buisson ambulant d’où surgit une voix suraiguë à laquelle répond le coeur des jeunes filles ou des jeunes femmes. Elle est féminine dans cette société patrilinéaire des Bédik, alors que chez les Beliyan,
matrilinéaires, “lukuta” est un homme incarnant toute la force virile pour ceux qu’il forme à l’initiation : la jeune promotion d’initiés. Ce masque est remarquable par son chapeau de feuilles blanches de bourgeon de rônier qui est orné avec raffinement. Il porte un costume d’écorce blanche un rouleau de feuilles à la poitrine. Il chante d’une voix grave et vibrante et frappe une cloche en fer avec son pouce droit qui porte un anneau, et tient une haute canne garnie de sonnailles.

Pena est un petit masque muet et effacé aux seins en fruits de Gardenia triacantha cachés sous l’habit de tissu d’écorce. Masque sautillant et menu, il est associé aux jeunes mariées et à la fertilité. Il y’a aussi d’autres masques tels que le Niatioma qui représente une fille démunie qui ne prend que les parures des autres masques qui rentrent, et qui est un peu sotte puisqu’elle ne peut pas danser et s’attelle à faire rire les gens.


Pour clore cette présentation de la famille des masques, il nous faut nommer Gindam, l’esprit initiatique, père des hommes, dont la voix s’exprime par quatre tambours secrets, comme chez les Beliyan, où ce pèrecaméléon peut aussi parler d’une voix vibrante et disharmonique. Les femmes appellent ce masque sangadiya, car il leur est interdit de le nommer par son nom. A côté de Gindam qui est présent à l’initiation
des jeunes hommes et lors de la grande fête de fécondité à la fin de la saison sèche, existent d’autres masques auditifs : Ningi‐ninga, Ninkinanka des Malinké, le fameux Niki‐Nanka des Peul, grand serpent du mythe de Koumen ; et Nyandemém, le rhombe, l’esclave de Gindam, au vrombissement qui terrifie les femmes qui s’enferment dans leurs maisons dont il n’hésite pas à secouer le toit sauvagement. Ningi‐ninga, chez les Bédik, s’exprime par des tambours à friction constitués d’une calebasse décalottée, vidée, dont l’orifice est bouché par une peau de varan, percée en son centre d’un trou où passent des poils de phacochère. Ces poils frottés entre les doigts, ou plutôt lissés par des doigts humides, vont transmettre à la peau leurs vibrations dont le crissement sera amplifié par la calebasse, pour émettre de véritables cris viscéraux. Ces tambours sont en nombre et figurent une mère et ses enfants. Ningi‐ninga se fait entendre pour la pose du toit de la grande maison secrète des hommes et pour l’entrée dans cette maison d’une promotion d’initiés au statut spécial. Ayant déjà accompli cinq ans dans la petite maison des hommes et effectué les corvées qui leur incombent, les initiés arborent l’année du changement de classe un comportement mi‐homme, mi‐femme ; astreints à une abstinence sexuelle d’août à février, ils exhibent des parures de femmes et sont coiffés avec une tresse sagittale où ils piquent, les jours de fête, plumes et piquants de porc‐épic.

Tous ces masques, auditifs ou végétaux sont des “esprits” rejoints par certains morts. Les masques n’existent, dit‐on, que depuis que les morts ont cessé de revenir au village. Lors de leurs visites, les femmes, reconnaissant leurs morts, pleuraient, et les hommes ont décidé d’utiliser les masques pour qu’elles ne les voient plus.

On dit aussi qu’autrefois les femmes conservaient les petits tambours mais, quand il pleuvait, elles se contentaient de les recouvrir de leurs pagnes et ils se mouillaient. Un jeune garçon courageux trouva les petits tambours sous les pagnes. Il construisit un abri avec un toit et dit aux femmes d’y faire rentrer les tambours. Depuis ce jour‐là, le Gindam s’est confié aux hommes, plus spécialement aux jeunes initiés qui gardent ces tambours dans la petite maison des hommes où les femmes ne doivent pas pénétrer. La société des femmes, qui participe à l’initiation en préparant quantité de nourriture et de bière, va bénéficier le mois suivant d’une fête d’une semaine, durant laquelle apparaîtront successivement tous les masques et qui leur permettra de danser abondamment. C’est la seule fête où surgissent autant de masques.

 

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