Le village Bédik se présente de loin comme un ensemble de cases aux toits pointus, serrés entre les éboulis rocheux que l’on découvre sur un plateau après avoir escaladé la montagne. Tous les villages Bédik sont ainsi perchés sur des sites défensifs, alors que les Malinké et les Peul occupent la plaine.

Les Bédik ont un double habitat. Le village (ikon) est le lieu où se déroulent les fêtes rituelles, et, chaque famille, quoique habitant une partie de l’année dans un hameau de culture, y occupe une maison où elle s’installe pendant les fêtes rituelles. C’est aussi le lieu où l’on trouve la maison commune des hommes initiés, celle du chef de village et la forge. Un hameau, par définition, ne saurait avoir de chef ni de fonction rituelle et il peut être déplacé souvent pour se rapprocher de nouveaux champs mis en culture, alors que le véritable village ne peut pas être quitté. Cette opposition s’exprime dans la construction des maisons : au village, les murs sont construits en terre, alors qu’il est interdit par la coutume de le faire dans les hameaux où les murs sont en krinting (claie de bambou). À cette première opposition, s’en ajoute une autre à l’intérieur du village qui est divisé en deux sections : haut et bas, entre lesquelles les familles se répartissent. Selon la tradition, cette opposition se concrétise lors des principaux rituels par des échanges de services et de dons, et une famille qui change de village doit obligatoirement s’installer dans la même section que celle qu’elle occupait dans son village d’origine. Ce qui a permis de découvrir les Bapen, « rôniers », étrangers qui ne suivaient pas la règle. Les habitations sont serrées les unes contre les autres et la circulation s’effectue indifféremment dans toutes les directions en traversant les cours. Chaque village possède sa place de danse (angwod) abritée par des grands fromagers, et à proximité, les deux cases d’initiation (gandyarar) entre lesquelles se répartissent les
classes d’âge des hommes.


La concession (iyanga) est constituée par la réunion autour des chefs de famille (ademar iyanga) de ses épouses, ses frères, ses fils et leurs fils et l’ensemble de leurs épouses. Elle peut grouper tout un lignage mais lorsqu’elle atteint une taille trop importante, elle se divise, les deux sections pouvant continuer à cohabiter côte à côte, ou se déplacer dans la même section du village. Un fils qui désire la quitter du vivant de son père, ne peut construire dans le même village et doit obligatoirement s’installer dans une section
équivalente d’un autre village.

La concession comprend un ensemble de trois à quinze maisons en moyenne, réparties sur le pourtour d’une cour centrale. Les cases de plan circulaire ont les murs en terre au village et en krinting (claie de bambous) au hameau. Dans le premier cas, le mur est monté par assises successives de terre modelées à la main. Dans le deuxième cas, le krinting est tressé sur les montants de bambou plantés dans le sol et le mur est ensuite
enduit de terre sur sa face interne. La charpente est réalisée en bambou et couverte d’assises de paille tressée se chevauchant. Le faîtage est souvent protégé par une poterie au fond cassé, enfilée au sommet de la toiture. La plupart des cases sont des chambres, une ou plusieurs cases servent de cuisine et de brasserie.

Les greniers sont des plateformes intérieures surélevées aménagés dans les chambres. Une série de paniers y reposent.

Comme les Bassari, les Bédik fonctionnent eux aussi suivant un mouvement pendulaire, mais les charges spirituelles associées au vrai village (ikon) par opposition au village de culture sont ici exaspérées. Le village de culture n’a pas la même dignité que le vrai village et il y est même interdit de construire en dur. Les claies en bambous, végétaux facilement dégradables, en raisons de la prolifération des termites, sont la norme pour bien indiquer que ce village est une retraite temporaire, le temps d’une campagne agricole.
 

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