L’habitat a en commun le toit : il est conique, couvert de paille et déposé sur des murs dont les matériaux varient d’une population à l’autre. Le toit est généralement construit à même le sol. Comme on a tracé le rayon de la maison ronde en mesurant 12 ou 15 pieds, on va, en écartant suffisamment les quatre premiers arbalétriers noués au
sommet, fixer le volume du toit. Quand les arbalétriers de bambou sont installés, on attache les pannes de bambou fendu de chaque côté des arbalétriers, en rangs successifs en partant du haut. Cette charpente porte un nom dont sera dérivé celui des clavicules en o‐niyan (langue Bassari). Toit et tête sont souvent associés et le faîte du toit de la maison des hommes est tressé en cimier chez les Bassari, alors qu’il est
décoré d’éléments symboliques chez les Bédik ; dans ce toit sont rangés les secrets des hommes, l’esprit initiatique y habite, et le Ningininga parle quand on le dépose pour le refaire. Chez les Bédik, le toit une fois déposé, les jeunes filles peuvent entrer exceptionnellement dans la maison des hommes et décorer les murs intérieurs de couleurs blanche, noire et rouge. Cette maison est d’ailleurs la seule à être décorée et porte pour nom un dérivé du mot beau. Sa traduction pourrait être « l’embellie » ou « la beauté ».


La construction des maisons est faite par les hommes : en pierres de latérite superposées (ce qui est traduit par le même verbe pour les oiseaux qui enlacent des brindilles) chez les Beliyan, et en terre façonnée chez les Bédik qui ont eu soin avant, de s’assurer l’accord des génies. On trouve aussi des murs en terre dans les villages Bassari. Les femmes finissent les murs et le sol en l’enduisant d’une pâte gluante faite de terre de termitière, de bouse de vache et de sève de la liane Cissus populnea. Ce sont elles qui auront la charge d’entretenir le feu, au milieu de la maison en saison des pluies ou au milieu de la cour en saison sèche. Les maisons sont disposées circulairement dessinant une cour où sont répartis des bancs, ou lits extérieurs, faits de palmiers raphias rangés côte à côte qui reposent sur un cadre. Chaque épouse a sa case où elle dort avec ses enfants. Le mari peut aller d’une maison à l’autre, et il n’est pas rare que lui‐même n’ait pas de toit.


Autour de la cour, une construction se distingue des autres chez les Bédik : la cuisine, temple familial où se trouvent les principaux dialangs (esprits), ses murs sont en bambou et non en terre. C’est là que fermente la bière de mil et que peut être enterré un patriarche. C’est là aussi qu’on vient boire la bière de mil lors de la fête à l’honneur des ancêtres défunts. Dans ce cas, les femmes n’y pénètrent plus : l’esprit initiatique vient y
crier tous les soirs après sa mort s’il était chef coutumier, pendant environ un mois. Entre les maisons, on trouve des plateformes où sont entassées les récoltes et chez les Bédik chaque homme y construit un grenier posé sur une plateforme de pierre qui isole des termites. Auprès des maisons, sous l’auvent du toit, on trouve les poulaillers faits de poteries renversées. Chez les Beliyan, les poules bénéficient de vraies constructions en paille surélevées, installées dans la cour près des greniers. Les chèvres ont‐elles aussi leurs abris, constitués de vieux toits supportés par des pieux rapprochés.


Le cheptel fait partie de l’habitat et le récent élevage de vaches chez les Beliyan a fait apparaître autour des maisons des clôtures qu’ils ne connaissaient pas avant. Ces animaux sont présentés dans leur ordre de valeur pour la dot : 5 poules = 1 chèvre, 2 chèvres = 1 mouton, 3 moutons = 1 vache. L’intrusion de la vache au coeur des transactions matrimoniales rend compte de la puissance des liens qui se sont établis entre les Peul (éleveurs de bovins par définition) et les Bassari et Bédik, producteurs agricoles et chasseurs cueilleurs

L’intérieur des maisons est peu décoré : les calebasses apportées par la femme lors de son mariage et ses jarres sont, avec les lits, le principal ameublement. On trouve une équivalence entre le ventre et l’intérieur de la maison. La porte en est l’élément essentiel, d’ailleurs moins le battant de porte que l’embrasure : chez les Bédik on ne peut tendre une calebasse de bière à un invité assis face à vous de l’autre côté de la porte, il faut la déposer à terre ; chez les Beliyan le même usage est observé, mais pour un nouveau‐né.


Enfin, des maisons temporaires sont souvent bâties en hâte près des champs Bédik, elles ont alors des murs en bambou. Chez les Beliyan qui habitent, au Sénégal, près de leurs champs, la rotation des cultures entraîne des déplacements où l’on se contente d’emmener les toits qui sont encore en bon état, des ronds de blocs de latérite témoignent alors des anciens murs et de l’occupation du sol.

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